| | Danse avec moi... [ libre ] | |
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Nakana Oeilsang Dryade rouge

  Age : 15 Inscrit le : 18 Juil 2008 Messages : 5 Parchemin d'Identité Race: Dryade Âge: 459 ans lieu actuel: Forêt profonde d'Oriam
| Sujet: Danse avec moi... [ libre ] Dim 20 Juil - 22:47 | |
| " La la la... Danse, danse au grès au vent... "
Une douce mélodie perçait le silence touffu de la forêt profonde. La voix, enchanteresse, jouait et virevoltait avec les notes, les apprivoisant les unes après les autres, faisant siennes des hauteurs magnifiques et inatégnables à la voix humaine.
La silhouette se dessina entre les arbres, ombre sous la nuit artificielle. Elle marchait presque en dansant. A son bras pendait un panier d'osier recouvert de grandes feuilles, lesquelles protégaient son contenu. Un rayon de soleil s'infiltra malicieusement parmi les feuillages, parcourant l'espace d'un instant le visage de l'inconnue. Un oeil vermeille et une mèche pourpre scintillèrent dans l'obscurité.
Nakana revenait d'une clairière inondée de lumière, en chantant et sautillant gaiement. Une des feuilles qui protégeait l'intérieur de son panier s'envola, et l'on pu entrapercevoir une framboise et une mûre. Elle avait récolté assez de fruit pour elle et un visiteur potentiel. Mais des visiteurs, elle n'en recevait presque jamais... Les humains ne s'aventuraient plus aussi profond dans la forêt, et les lycans ne courraient pas les rues. Elle attrapa une baie et la mit délicatement dans sa bouche, savourant tous les instants de la dégustation. Elle sourit. Si elle ne recevait que très peu de visites d'autres races, elle avait plusieurs amies Nymphes qui seraient ravies de partager sa récolte avec elle. Au loin, un merle chanta. Elle lui répondit tendrement et joyeusement, et entama une chanson.
" A nouveau l'Aube se lève, Le vent caresse la Terre, Secouant les fleurs de l'arbre solitaire. De son cœur coule une sève Fatigué et las de son éternel errance... "
La suite contait l'histoire d'un homme en quête de sa Rose, son amour... Elle avait été écrite par un voyageur qu'elle avait rencontré il y avait bien des années de cela. Elle l'avait beaucoup apprécié, mais il avait dû repartir. Peu après son départ, elle avait mis son écrit en musique, et le chantait régulièrement. Les rimes lui plaisaient, ainsi que la passion qu'elle faisait vibrer mais qui pourtant appartenait à lui et sa bien-aimée... Elle sourit de plus belle en entonnant la suite. Ses pas se firent plus rythmés et aériens, tandis qu'elle se rapprochait de ce qu'elle se plaisait à appeler son logis. Car de toit elle n'avait pas vraiment, le couvert des arbres, la faune et la flore environants en faisaient office. Elle s'arrêta brusquement. En fait, elle n'avait pas la moindre envie de rentrer. Elle voulait voir quelqu'un. Elle bifurqua habilement entre deux troncs, et là où n'importe quelle personne se serait perdue, elle semblait connaître son chemin par coeur, et qui plus est, toute la forêt. Elle se mit en quête d'une autre créature des bois, espérant tout bas rencontrer un être d'une autre race... _________________
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|  | | Fenice Astuto Novice

  Age : 19 Inscrit le : 15 Juil 2008 Messages : 7 Parchemin d'Identité Race: Humain Âge: Vingt-neuf ans lieu actuel: La forêt profonde
| Sujet: Re: Danse avec moi... [ libre ] Lun 21 Juil - 12:51 | |
| La fierté de Fenice se rebiffait face à un tel aveu, mais, bon, voilà, il devait quand même l’admettre – il s’était paumé. Pourtant, en sortant d’Oriam, c’était bien à gauche qu’il fallait prendre, lui semblait-il... Ou était-ce à droite ? (Peut-être bien tout droit, quand il y repensait.) En tout cas, le problème était bien là : il ne se trouvait absolument pas, comme il le souhaitait, sur les bords du lac Izaho. Ni à aucun endroit de sa connaissance, d’ailleurs. En fait, il avait la distincte impression de n’être plus nulle part, tant autour de lui la végétation était épaisse, et la canopée opaque : de toute évidence, il s’était aventuré dans un coin de forêt où la main de l’homme n’avait jamais mis le pied (si j’ose dire). Le constat avait un petit aspect inquiétant qui n’était pas pour déplaire à notre vagabond ; et, toutes ces émotions lui ayant coupé les jambes, il s’assit sur une souche et souffla un instant.
Fenice était barde ; il n’était pas poète pour autant. La contemplation de la nature ne lui inspira donc guère de remarques profondes, comme on l’eût pu attendre d’un homme de sa profession. Tout juste se contenta-t-il d’observer que le coin était fort joli. Reconnaissons-le : il était mieux que cela. L’obscurité était presque complète, mais elle n’avait rien d’inquiétant ; au contraire, elle poussait au recueillement et à la douceur – lesquelles n’étaient pas les vertus cardinales des Astuto. Des rais de lumière perçaient çà et là la voûte végétale, comme des colonnes de lumière dans cette cathédrale d’obscurité ; les troncs énormes des arbres semblaient aussi des vivants piliers d’un temple ancien et oublié des hommes. L’air était lourd, solennel, plein des senteurs âcres d’un sous-bois épais ; on y voyait luire, par moments, quelque lumière bleue qui semblait une fée. Pas un cri, pas un murmure, pas un chant dans cette basilique arborée : les branches étaient exemptes d’oiseaux, les buissons de daims et de sangliers. Le sentiment bizarre et familier de se sentir seul au monde s’immisça en Fenice – il s’étira silencieusement et soupira d’aise.
C’est dans cette disposition d’esprit qu’un chant lointain surprit le conteur ; l’ébahissement d’entendre enfin un son dans cette jungle de silence le fit presque choir de sa souche. Sans bouger d’un cil, il écouta du mieux qu’il pouvait pour tâcher d’identifier ce chant inopiné ; la mélodie ne ressemblait à rien qu’il connût – ce n’étaient ni les accents traînants de la musique paysanne, ni ceux, enlevés, des chansons de la capitale, encore moins ceux des chants anciens de l’Ere Prospère : c’était une sorte d’étrange mélopée, ou un poème chanté, d’une grande tristesse en tout cas. La voix était d’une pureté inhumaine ; Fenice, en connaisseur, la trouvait magnifique, tant et si bien que la curiosité l’emporta sur la crainte et qu’il décida d’aller voir de plus près la cantatrice mystérieuse. Mais au moment même ou il se leva, la voix se tut, le privant de tout repère pour la retrouver. Il fit quelques pas hâtifs dans la direction qu’il croyait être la sienne, mais ne parvint qu’à se perdre tout à fait dans le dédale obscur des sylves et des frondaisons.
Le léger tintement d’un bracelet le fit retourner, et il crut entrevoir au loin une fine silhouette passer entre deux troncs ; dans quel guêpier avait-il encore mis les pieds ? _________________ "Si les gens sont si méchants, c'est peut-être seulement parce qu'ils souffrent... mais le temps est long qui sépare le moment où ils ont cessé de souffrir de celui où ils deviennent un peu meilleurs."
Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit (1932) |
|  | | Nakana Oeilsang Dryade rouge

  Age : 15 Inscrit le : 18 Juil 2008 Messages : 5 Parchemin d'Identité Race: Dryade Âge: 459 ans lieu actuel: Forêt profonde d'Oriam
| Sujet: Re: Danse avec moi... [ libre ] Lun 21 Juil - 14:36 | |
| " Un voyageur parcourt ciel, terre et mer, Guidé à travers les âges par une faible lumière Vers une Rose grandissante en terre, Du fond de sa solitude, il ... "
Nakana s'interrompit. Elle avait entendu le craquement plaintif d'une brindille. Les créatures de la forêt n'émettaient jamais aucun son de ce genre, elle le savait pertinemment. Une seule solution donc, une personne étrangère aux sous bois avait pénétré en ces lieux. Elle virevolta derrière un tronc d'arbre dans un cliqueti d'argent. Le voile blanc qui tenait sur son corps comme par magie flottait dans une brise irréelle. Elle déposa son panier à ses pieds et risqua un oeil vers la source du bruit. Son coeur s'accéléra instentanément.
* Oulala oulala oulala... Un humain ! *
Qu'avait-elle à faire en cet instant ? Elle avait prié la venue d'un être d'une autre que race que la sienne, et maintenant qu'il était présent, elle ne savait plus que faire. Si elle sortait de sa cachette improvisée, elle prenait le risque de lui faire peur, et que peut-être il devienne violent. Elle fronça les sourcils. Mais s'il était là, il y avait bien une raison... Elle écarta d'emblée l'idée qu'il fût un chasseur, il n'en avait ni l'air ni la carrure. Alors quoi ? Peut-être n'était-il pas un humain après tout ! Elle secoua la tête silencieusement. Bien sûr que si. Elle venait de se faire la réfléction qu'une créature non-humaine n'aurait jamais rompu le silence. Elle se calma en continuant de réfléchir. Et en observant ses mouvements, elle parvint à la conclusion simplissime qu'il s'était perdu.
Un grand sourire fendit son visage, et elle faillit se précipiter vers lui, mais retint ses pas juste à temps. Ses bracelets s'étaient pourtant entrechoqués... Il savait où elle était. Elle n'avait plus le choix. Elle baissa les yeux vers son panier. Reprenant son sourire, sa joie et son courage, et le saisit fermement et sortit de l'abri de l'arbre.
Elle s'avança vers lui prudemment, guettant la moindre de ses réactions. Il était assez grand, perché sur de longues jambes, musclé sans être barraqué, doté d'un charme peu commun qui contrastait avec la banalité de son apparence. La Dryade y devina une âme d'artiste. S'approchant toujours, elle prit la parole d'un ton doux et amical, d'une voix claire qui incitait à la confiance.
" Bonjour voyageur... La forêt est si sombre, te serais-tu égaré, par malheur ? "
Elle n'était plus qu'à quelques mètres de lui à présent. Sans se départir de son sourire, elle attendit la réponse en commençant à défaire le rideau protecteur de feuilles de son panier.
Le silence les recouvrit, attentif. _________________
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|  | | Fenice Astuto Novice

  Age : 19 Inscrit le : 15 Juil 2008 Messages : 7 Parchemin d'Identité Race: Humain Âge: Vingt-neuf ans lieu actuel: La forêt profonde
| Sujet: Re: Danse avec moi... [ libre ] Mar 22 Juil - 18:16 | |
| C’est alors que l’inattendu se produisit : à l’instant même ou Fenice renonçait à poursuivre les ombres de cette forêt obscure, celle qu’il suivait surgit droit devant lui. (À vrai dire, le verbe « surgir » rend mal ce qu’avait d’irréel et d’inouï son arrivée : du point de vue du barde, il est plus juste de dire qu’elle apparut.) La surprise le pétrifia tout à fait : il passa quelques secondes à fixer l’apparition avec un air parfaitement idiot ; après quoi, reprenant ses sens, il décida de ne point perdre son bel esprit cartésien et de considérer la situation sous un œil raisonnable. La chose n’allait pas sans difficultés, car la jeune femme qui venait de paraître défiait la description – elle semblait, au sens propre, complètement imaginaire. Fenice ne savait au juste ce qui chez elle lui faisait une impression si surréelle : était-ce cette incroyable crinière rouge – ou bien ces tatouages étranges et cabalistiques – ou simplement la beauté de son regard ? Qui était-elle – qu’était-t-elle ? Les descriptions incohérentes de ceux qui disaient avoir rencontré les habitants de la forêt profonde lui revinrent furtivement en mémoire, sans qu’il pût réussir à en tirer quoi que ce soit d'approprié. Certes, ce n’était pas la première fois qu’il était confronté à des êtres que ses contemporains jugeaient mythiques ; les lycans étaient cependant bien plus compréhensibles aux yeux d’un homme, bien plus proches que la féerie pure de cette vision.
Jusqu’au moment où elle prit la parole, Fenice ne cessa une seconde de penser qu’elle était le fruit de son imagination ; mais devant ce sourire fort concret, cette peau blanche frappée par un rayon de soleil timide, ces mots intelligibles, il devait se rendre à l’évidence de son existence – et, accessoirement, lui répondre.
« Bonjour voyageur... La forêt est si sombre, te serais-tu égaré, par malheur ? - Je le crains » confirma-t-il d’une voix distraite, et sans cesser de la regarder.
Il fit ensuite une courte pause et se tint le raisonnement suivant : si elle ne m’a pas encore mordu, c’est qu’elle n’est en aucun cas un lycan (Fenice avait une cicatrice attestant de sa dernière rencontre avec cette engeance), et les anges qu'on voit sur les vitraux ont une toute autre apparence. Se pouvait-il que... Il fallait en avoir le cœur net.
« Mais vous-même... Par quel hasard vous trouvez-vous dans cet endroit reculé ? Je croyais cette partie de la forêt étrangère à la plupart des hommes... »
La question était assez évasive pour ne pas le faire passer pour un insensé (dire bêtement « êtes-vous une nymphe ? » était tout simplement im-pen-sable), mais lui permettrait certainement de confirmer ou d'infirmer sa thèse. Et comme il trouvait son propre ton suspicieux et presque impoli, il se fendit ensuite d’un sourire naïf qu’il n’eut aucune peine à contrefaire. _________________ "Si les gens sont si méchants, c'est peut-être seulement parce qu'ils souffrent... mais le temps est long qui sépare le moment où ils ont cessé de souffrir de celui où ils deviennent un peu meilleurs."
Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit (1932) |
|  | | Nakana Oeilsang Dryade rouge

  Age : 15 Inscrit le : 23 Juil 2008 Messages : 4 Parchemin d'Identité Race: Dryade Âge: 459 ans lieu actuel: Forêt profonde d'Oriam
| Sujet: Re: Danse avec moi... [ libre ] Jeu 24 Juil - 22:12 | |
| " Je le crains. "
Il lui avait répondu presque immédiatement, succédant un visage aux traits légèrement ahuris. Et si sa voix avait franchi ses lèvres sans hésitation, il était aisé de deviner que son esprit était encore perdu dans les méandres de quelques obscures pensées, invisibles pour notre nymphe.
Il devait sûrement se questionner sur la nature de Nakana, qui esquissa un sourire, volontairement plus mystérieux.
« Mais vous-même... Par quel hasard vous trouvez-vous dans cet endroit reculé ? Je croyais cette partie de la forêt étrangère à la plupart des hommes... »
Bingo...! Il avait caché son ton suspicieux par un sourire naïf excellemment effectué. Si Nakana n'avait pas eu plusieurs centaines d'années d'observation et d'analyse derrière elle, elle serait volontiers tombée dans son subterfuge, toute nymphe qu'elle était. La dryade s'agenouilla devant lui, posa son panier à son côté et goûta de son regard les prunelles de l'inconnu. Elle sorti une fraise de l'osier tressé et l'avala en mitonnant sa réponse. Lorsqu'elle fût prête, elle la lui servi ; gaieté au coin des lèvres.
" Si je voulais jouer sur les mots, je vous ferais remarquer que je suis une femme, et non un homme. Mais pour répondre à votre question, il est possible que je me trouve ici par hasard également : que, ayant récolté ce qu'il me fallait de fruits, en voulant regagner mon logis je me serais trompée... Ou alors, peut-être connais-je si bien la forêt, que finalement, je vous attendais. "
Ses lèvres devinrent malicieuses et elle lui glissa un clin d'œil.
" Vous connaissiez déjà la réponse. "
Sa bouche fit gracieusement disparaitre une autre baie. Elle feignit alors de se rendre compte de son impolitesse, prit une mure, une framboise et une fraise au creux de sa main et la tendit vers l'homme.
" Pardonnez-moi cet oubli, en voulez-vous une ? Choisissez, je vous en prie ! "
Elle lui sourit de nouveau, franchement et amicalement. Autour d'eux, les arbres frémirent sous le souffle passionné du vent. Mais s'ils purent s'en rendre compte, ce ne fut que grâce au bruit de la brise dans les feuilles... Car les cimes étaient bien trop haute pour y déceler le moindre mouvement. |
|  | | Fenice Astuto Novice

  Age : 19 Inscrit le : 15 Juil 2008 Messages : 7 Parchemin d'Identité Race: Humain Âge: Vingt-neuf ans lieu actuel: La forêt profonde
| Sujet: Re: Danse avec moi... [ libre ] Ven 25 Juil - 18:15 | |
| Fenice aimait bien la tournure que prenaient les évènements, car il était amateur de fantaisie et d’inattendu, et cette rencontre en offrait au plus haut point. Il était clair que la duplicité de sa question n’avait pas échappé à son interlocutrice, et qu’elle répondrait sur le même ton – ce joli regard rusé en attestait. Il esquissa l’ombre d’un sourire entendu, devinant en gourmand le mot d’esprit acidulé qui l’attendait ; il ne relâcha pas pour autant sa vigilance. En effet, il ne possédait que peu d’informations sur les nymphes, simplement quelques on-dit qui ne l’assuraient nullement qu’elles ne présentaient pas de danger pour les humains. Par bonheur, celle qu’il avait devant les yeux semblait plutôt bienveillante (de toute façon, Fenice eût été bien incapable de se défendre contre une créature magique)... Et puis, au Diable les soupçons ! Il verrait bien ce qui allait arriver – pour l’instant, il ne semblait rien avoir à craindre. La réponse de l’inconnue le surprit dans ses réflexions.
« Si je voulais jouer sur les mots, je vous ferais remarquer que je suis une femme, et non un homme. Mais pour répondre à votre question, il est possible que je me trouve ici par hasard également : que, ayant récolté ce qu'il me fallait de fruits, en voulant regagner mon logis je me serais trompée... Ou alors, peut-être connais-je si bien la forêt, que finalement, je vous attendais. »
Fenice eut un froncement de sourcils furtif ; il n’était pas tout à fait sûr de savoir où elle voulait en venir... Elle en avait bien conscience, d’ailleurs : cette attitude désinvolte, agenouillée devant lui (ce qui obligeait le conteur à baisser les yeux pour suivre l’insaisissable lueur de son œil vif), en train de manger nonchalamment des baies sylvestres, ce sourire malicieux, cette ingénuité feinte, tout montrait qu’elle jouait avec lui – ou qu’elle se jouait de lui.
« Vous connaissiez déjà la réponse. »
Cela avait au moins le mérite d’être clair. À ce point du dialogue, le barde sentit un aiguillon sournois titiller son amour-propre : elle avait vu clair dans son jeu. Cette légère vexation s’accompagnait du sentiment plus gratifiant d’avoir eu raison – et de celui, plus plaisant encore, de se trouver en tête-à-tête avec un mythe.
Elle s’excusa ensuite de ne pas lui proposer les fruits de sa cueillette, et répara cet affront bien innocent en lui offrant trois baies sauvages dont la couleur pâlissait d’être comparée à celle, rouge sang, de la chevelure de la nymphe. Fenice se souvint de ses soupçons et hésita ; mais le sourire qui accompagnait l’offrande était si amène que son désir d’accepter l’emporta sur sa suspicion, et qu’il se retrouva avant d’avoir pu s’en rendre compte en train de goûter une fraise des bois. Ce fruit a la même acidité sucrée que celle qui me l’a offert, pensa-t-il, et il se détendit un peu. Il s’accroupit doucement pour se trouver à la hauteur des yeux rouges qui le scrutaient avec une clairvoyance un peu inquiétante, et reprit la parole.
« Je vois !... » acquiesça-t-il. « Mais j’en oublie la plus élémentaire courtoisie. Mon nom est Fenice Astuto, et je suis barde... À qui ai-je l’honneur ? »
Le ton était naturel, assuré ; néanmoins, Fenice était plus troublé qu’il ne voulait bien se l’avouer. À l’émoi de se trouver face-à-face avec une incarnation du merveilleux (tel qu’il est décrit dans les contes, justement) s’ajoutait l’indéniable beauté de la nymphe et l’énigme que représentait son attitude à son égard ; à bien des points de vue, elle restait un mystère. _________________ "Si les gens sont si méchants, c'est peut-être seulement parce qu'ils souffrent... mais le temps est long qui sépare le moment où ils ont cessé de souffrir de celui où ils deviennent un peu meilleurs."
Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit (1932) |
|  | | Nakana Oeilsang Dryade rouge

  Age : 15 Inscrit le : 23 Juil 2008 Messages : 4 Parchemin d'Identité Race: Dryade Âge: 459 ans lieu actuel: Forêt profonde d'Oriam
| Sujet: Re: Danse avec moi... [ libre ] Dim 27 Juil - 12:26 | |
| Il hésita un instant avant d'accepter le modeste présent de la Nymphe. Celle-ci ne lui en tint pas rigueur, car dès qu'il eût prit les baies, il se détendit et se laissa descendre à la hauteur du regard de Nakana. Accroupi, il répondit enfin.
« Je vois !... Mais j’en oublie la plus élémentaire courtoisie. Mon nom est Fenice Astuto, et je suis barde... À qui ai-je l’honneur ? »
La Dryade sourit évasivement. Se présenter : il fallait se présenter. Le problème, si elle donnait son nom, était qu'il pourrait parler d'elle dans les villages. Et elle ne se plaisait pas à penser que n'importe quel imbécile humain avait accès à son identité. Or, quand on a l'identité d'une personne, il est bien plus facile de retrouver la personne en question. Et lorsque la personne est un être féérique, cela appelle à bien des aventures pour la voir, la capturer ou en faire elle n'osait imaginer quoi d'autre. Si Nakana souhaitait la renaissance de son peuple et le protégeait souvent au péril de sa vie, elle aimait tout de même cultiver les mythes et les mystères. Cela posait donc un double problème.
Mais ce ne fût ni l'une ni l'autre de ces pensées problématiques qui décida la nymphe à répondre. Ce fût tout simplement ce que Fenice avait précisé sur lui-même, et la façon dont il l'avait fait. Il était barde.
Nakana avait assimilé cette information calmement, posément , rien ne laissant transparaître un quelconque désarroi. Pourtant son cœur s'était animé d'une passion follement désespérée. Le souvenir de l'homme qu'elle avait aimé et veillé tout au long de sa vie traversa douloureusement son esprit et lui laissa un goût amer dans la bouche. Mais au contraire, elle fût prise d'une bouffée d'affection pour son interlocuteur. Ce qui l'inquiéta un peu, d'ailleurs.
Fenice avait également employé le ton assuré de ceux qui avaient l'habitude de conter les histoires, même si elle lisait aisément en lui qu'il était troublé. Elle lui sourit de nouveau.
" Je suis Nakana Oeilsang, poétesse automnale et magicienne nocturne, parfois, quand l'envie m'en prend. Sachez que je suis ravie de rencontrer quelqu'un comme vous : j'aime la musique et j'aime les contes, votre compagnie m'est donc fort agréable. "
Ses lèvres firent disparaitre une mure, avant de redessiner un sourire radieux.
" Dites-moi maître Astuto, où comptiez-vous aller quand vous n'étiez pas encore perdu ? "
De son regard moqueur fusa un éclair de bienfaisance. Nakana se doutait qu'elle ne pourrait pas le garder bien longtemps auprès d'elle, elle avait donc décidé de l'aider, dans la mesure de son possible. |
|  | | Fenice Astuto Novice

  Age : 19 Inscrit le : 15 Juil 2008 Messages : 7 Parchemin d'Identité Race: Humain Âge: Vingt-neuf ans lieu actuel: La forêt profonde
| Sujet: Re: Danse avec moi... [ libre ] Mer 30 Juil - 22:18 | |
| [Désolé de cette réponde tardivissime, mais j'étais témoin à un mariage, après quoi j'avais trop la gueule de bois pour écrire... (vérité vraie) '^^]
« Je suis Nakana Œilsang, poétesse automnale et magicienne nocturne, parfois, quand l'envie m'en prend. Sachez que je suis ravie de rencontrer quelqu'un comme vous : j'aime la musique et j'aime les contes, votre compagnie m'est donc fort agréable. - Enchanté ! répliqua aussitôt le barde avec un franc sourire. Il m’est également très agréable de trouver un visage amical dans cette sombre forêt. »
Etrangement, Fenice avait eu une sorte de crise de sincérité, soit qu’il fût fatigué de réfléchir aux implications de chacune de ses actions, soit qu’il se sentît enfin en confiance : il avait répondu sans y penser, et sans chercher à dissimuler ses intentions derrière quelque expression factice. Cela lui faisait une impression étrange de dire ce qu’il pensait, pour une fois ; enfin, il ne fallait pas trop s’y habituer – le monde était un lieu dangereux pour les gens sincères.
Le nom de la nymphe n’évoquait pas grand’chose au conteur – c’était un beau nom, un nom approprié, mais il ne croyait pas l’avoir déjà lu dans les montagnes d’archives dont les Astuto avaient la charge... Sans doute la raison en était-elle simplement que les êtres légendaires, ayant tout à craindre de la curiosité des hommes, ne leur donnaient pas volontiers leur identité. Pourtant, à la réflexion, il y avait dans ces syllabes un accent familier et indéfinissable, à la manière d’un chant qu’on croit d’abord ne pas connaître mais dont deux ou trois notes isolées nous rappellent qu’on l’a déjà entendu par le passé. Œilsang, Œilsang... Où diable avait-il déjà entendu ce nom ? Plus Fenice forçait sa mémoire, plus le souvenir lui échappait, de telle sorte que la paresse l’emporta et qu’il remit à plus tard son introspection.
« Dites-moi maître Astuto, où comptiez-vous aller quand vous n'étiez pas encore perdu ? - Je me rendais au lac Izaho, où les nombreux marchands et seigneurs en voyage m’eussent donné l’occasion d’exercer mes piètres talents musicaux. De là, je comptais partir pour les rivages de la mer, où se passent en ce moment des choses tout à fait étranges... »
Fenice pensait aux troubles qui agitaient le monde des hommes (et qui semblaient même devoir déborder le cadre des activités proprement humaines)... Des rumeurs d’alliance avec des créatures surnaturelles couraient, auxquelles le conteur n’était pas loin d’ajouter foi ; après tout, ne se trouvait-il pas en ce moment même en face d’un être de conte de fées ? Il était clair que l’attitude sceptique de sa prime jeunesse avait fait son temps ; l’époque où il vivait désormais était promise à de grands changements, où l’étrange et le mystérieux auraient tout autant leur place que l'ordinaire, et où les confortables certitudes de l’humanité seraient mises à mal. Mais ne nous méprenons pas ! Pour le jeune homme, tout cela n’avait rien de néfaste ni d'angoissant, bien au contraire : l’irruption du merveilleux dans la réalité était la réalisation d’un vieux rêve de poète, même si elle menaçait de détruire le monde tel qu’il l’avait connu ; et ce sentiment d’enthousiasme inquiet participait aussi à la confusion des sentiments du barde, qui à ce point de la conversation ne savait plus très bien que dire et que penser. Fort heureusement, la nymphe semblait disposé à l’aider, ce dont il était très reconnaissant... _________________ "Si les gens sont si méchants, c'est peut-être seulement parce qu'ils souffrent... mais le temps est long qui sépare le moment où ils ont cessé de souffrir de celui où ils deviennent un peu meilleurs."
Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit (1932) |
|  | | Nakana Oeilsang Dryade rouge

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| Sujet: Re: Danse avec moi... [ libre ] Jeu 31 Juil - 21:06 | |
| [ HRP / Pas d'problème =) ! Quant à moi, je pars demain dans les contrées italiennes, pendant environs 2 semaines... j'espère que tu seras toujours là à mon retour ! / HRP ]
" Je me rendais au lac Izaho, où les nombreux marchands et seigneurs en voyage m’eussent donné l’occasion d’exercer mes piètres talents musicaux. De là, je comptais partir pour les rivages de la mer, où se passent en ce moment des choses tout à fait étranges... "
Nakana leva un sourcil amusé. Ainsi donc, le jeune barde souhaitait être au cœur de l'action lorsque les peuples s'allieront et se déclareront la guerre... Mais peut-être se trompait-elle, et songeait-il à tout autre chose. Mais la Nymphe n'avait pas pris l'habitude de se tromper... question de principe sans doute : un être merveilleux doit être capable de lire dans les gestes et les paroles des humains ; d'avoir une quelconque marque de supériorité sur eux, infime ou flagrante. Ce qui était, à la réflexion, une morale des plus affligeantes, que Nakana détestait malgré le fait qu'elle l'appliquât avec aisance et complaisance (et brio, qui plus est).
" Seriez-vous à la recherche de faits palpitants et merveilleux ? Votre desrnière destination me laisse à penser que vous suivez l'Aventure à la trace, malgré les dangers évidents qui la pavent... Votre courage animé (ou bien serait-ce de la curiosité passionée ? je m'y perds !) me plait. Je peux vous ramener sur le droit chemin, si vous acceptez mon aide. "
Elle modula son point final en un sourire déroutant de luminosité et d'intelligence. En attendant la réponse qu'elle savait positive, la Dryade rouge énonça une seconde question.
" Avez-vous déjà rencontré des créatures que les Hommes ignorent par le passé ? Vous ne me semblez pas sans connaissances en la matière, ni étranger aux terres lointaines... D'où venez-vous maître Astuto ? "
Son regard se posa doucement dans son cœur, espérant pouvoir entendre une partie de son histoire.
Nakana aimait les contes, mais elle adorait également écouter des récits dont les protagonistes étaient eux-même les conteurs... _________________
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|  | | Fenice Astuto Novice

  Age : 19 Inscrit le : 15 Juil 2008 Messages : 7 Parchemin d'Identité Race: Humain Âge: Vingt-neuf ans lieu actuel: La forêt profonde
| Sujet: Re: Danse avec moi... [ libre ] Hier à 17:47 | |
| [De retour ! :p]
Le mystère de cette étrange familiarité qu’avait pour lui le nom d’Oeilsang obsédait toujours autant le barde, car il était certain de n’avoir jamais jusqu’ici engagé quelque conversation que ce fût avec quelque chose qui ressemblât de près ou de loin avec une nymphe ; et il était également sûr que les chroniques des Astuto ne mentionnaient pas cet étrange patronyme. Mais à la réflexion, se pouvait-il que ce sentiment d’intimité ne vînt pas du nom lui-même, mais d’une autre sensation concomitante qu'il eût déjà connue par le passé, mais qui fût trop subtile pour qu’il pût en avoir conscience ? Fenice se concentra un instant, plissant légèrement les yeux pour ne point être trop distrait par le spectacle –trop singulier et fascinant– qu’offrait la nymphe.
C’est alors que la vérité lui apparut – ou plutôt qu’il la sentit : de la peau de la nymphe émanait un parfum végétal, auquel il ne pensait pas avoir fait attention, ou qu’il croyait avoir oublié ; mais les odeurs, les goûts, plus encore que ce que nous voyons, sont chargés de nos souvenirs les plus profondément enfouis : à la faveur d’une fragrance que n’avions plus sentie depuis des années, ils émergent soudain sans que nous n’y fussions pour rien et repartent, évanescents, sans que nous pussions rien y faire. Cette odeur d’amaryllis, à l’instant où elle avait atteint l’esprit du chansonnier, y avait libéré des sentiments anciens, les avait fait germer et surnager enfin au-dessus de ses autres pensées ; de telle façon que lui revenaient maintenant en mémoire les longues courses dans les faubourgs d’Oriam, où poussaient partout ces arbustes rouges qui ne fleurissent qu’une fois en plein décembre, et se fanent ensuite pour de bon.
Ce parfum d’enfance qui pendait aux longues mèches pourpres de la jolie dryade, Fenice s’y abandonna un instant, ce qui laissa le temps à Nakana de lui poser deux questions – il reprit ses esprits à temps pour y répondre.
« Seriez-vous à la recherche de faits palpitants et merveilleux ? Votre dernière destination me laisse à penser que vous suivez l'Aventure à la trace, malgré les dangers évidents qui la pavent... Votre courage animé (ou bien serait-ce de la curiosité passionnée ? je m'y perds !) me plait. Je peux vous ramener sur le droit chemin, si vous acceptez mon aide. »
Nakana s’interrompit un instant, et reprit la parole, sans attendre une réponse qu’elle savait sans doute positive.
« Avez-vous déjà rencontré des créatures que les Hommes ignorent par le passé ? Vous ne me semblez pas sans connaissances en la matière, ni étranger aux terres lointaines... D'où venez-vous maître Astuto ? - J’avoue –non sans honte– que les agitations un peu vaines de mes semblables m’inspirent encore suffisamment de curiosité pour me pousser à m’intéresser en spectateur à leur devenir. J’accepterai donc volontiers votre aide, si vous voulez bien me conduire là où se produisent, à ce qu’il paraît, leurs frasques les plus récentes. Quant au côté... surnaturel (Fenice prononçait ce mot avec un ton un peu emphatique et un sourire en coin qui signifiaient qu’il le trouvait inapproprié, mais qu'il ne pouvait en trouver d'autre) des évènements, j’y ai en effet été confronté récemment. Lors d’une de mes errances qui m’avait amené aux environs du village de Kêr, je me perdis –le fait m’est coutumier, car je suis assez distrait– et je marchai pendant deux longues heures dans les bois obscurs qui entourent cette sinistre localité... Au moment où je me crus tout à fait égaré et commençai à me préparer à dormir dans un abri improvisé, je vis au loin une silhouette humaine, vers laquelle je courus ; j’étais content, je croyais enfin avoir trouvé un congénère ! En réalité, je n’avais eu pas cette chance. Je m’approchai donc de ce que je croyais être un vieillard décrépit pour lui demander la voie du salut, de la civilisation, et de ma pitance. Je remarquai alors que ces yeux avaient comme une lueur sombre et sauvage... c’était trop tard ! Moins d’une seconde s’était écoulée, et je n’avais plus sous les yeux un être humain mais un loup féroce, qui me mordit l’épaule et l’enserra si fort que je ne pus le faire lâcher prise qu’en lui enfonçant ma flûte entre les côtes. L’animal blessé prit la fuite, me laissant perplexe et incertain de ce que j’avais cru voir... Plus tard, lorsque j’eus pris le temps de réfléchir, je me souvins de récits semblables consignés dans les archives de ma famille, et je sus que j’avais rencontré un lycan... Cette expérience charmante m’a laissé un souvenir impérissable – et une belle cicatrice. »
Fenice, qui aimait recourir à un support visuel, entrouvrit alors sa chemise de toile grossière et la fit bâiller, révélant sur le blanc de son épaule une marque plus sombre qui ressemblait fort à l’empreinte d’une paire de crocs.
« Mais si j’en crois les chroniques que tenaient mes aïeux –et qui étaient pleines d'histoires de braves gens dont le beau-frère connaissait un paysan qui était très ami avec la femme d’un garde qui avait cru, dans sa jeunesse, avoir rencontré une nymphe– vous êtes moins enclines à manger les humains que vos frères canins. »
« J’espère ne pas me tromper... » conclut-il avec un sourire caustique. « Enfin, en ce qui concerne mes origines, c’est une assez longue histoire, au sujet de laquelle mes idées sont encore confuses... Je ne sais si j’ai suffisamment de recul pour en juger, à plus forte raison pour la raconter. » _________________ "Si les gens sont si méchants, c'est peut-être seulement parce qu'ils souffrent... mais le temps est long qui sépare le moment où ils ont cessé de souffrir de celui où ils deviennent un peu meilleurs."
Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit (1932) |
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